Le quartier Zangouettin de Kaya : Un Symbole d’intégration réussie des haoussas au Sanmatenga

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De gauche à droite : Cissé Oumarou, chef de Zangouettin de Kaya décédé en 2009, Djibril Dankambary, chef de Zangouettin de Ouagadougou et Gambo Aboubakar, le Samnaaba des haoussa ou Sarkin Haoussawa

Kaya a la particularité d’être une des villes du Burkina Faso abritant un quartier de la communauté haoussa appelé Zangouettin. Dans ce quartier situé au secteur 7, on retrouve des vestiges (quelques murs encore debout) des maisons à l’architecture soudano-sahélienne typiques des villes de Kano, de Katsina et de Kaduna au Nigeria.

L’installation des haoussas à Kaya remonterait au XIX e siècle. A leur arrivée, ils ont d’abord résidé dans l’actuelle commune de Mané dans le quartier des Yarcé qui pratiquaient comme eux la religion musulmane. A Kaya, le Sanmatenga Naaba les installa sur leur site actuel au secteur 7 qui pris le nom Zangouettin qui est une déformation du nom Zango signifiant « lieu de repos » en haoussa.

La sédentarisation des haoussas qui étaient des colporteurs à Kaya a été favorisée par la dynamique économique de la localité et aux conditions sociopolitiques favorables à leurs activités. «  Le marché à bétail de Kaya était très important et cela a constitué l’une des raisons de notre installation dans cette ville » fait remarquer un habitant du quartier Zangouettin.

Protégés par les chefs mossis, les haoussas se sont bien intégrés en épousant des femmes mossis. Le Dima de Boussouma avait un conseiller haoussa du nom de Baribari Issa qui était un grand marabout. Le Dima a donné plusieurs filles en mariage aux haoussas de Kaya. Le roi de Mané a donné également sa fille ainée, du nom de Kouka, au premier chef  haoussa.

L’historique de la chefferie traditionnelle haoussa de Kaya remonterait à 1850. C’est au cours de cette année qu’un collège électoral désigna Baribari Mahama pour devenir le premier chef haoussa de Kaya. La famille des Baribari est originaire du nord Nigeria. Parmi les chefs qui ont succédé à Baribari Mahama, on peut citer Baribari Haba et Baribari Hassan. Le premier chef haoussa intronisé par le Sanmatenga Naaba en 1985 est Baribari Tanko. Lui succèdera Cissé Oumarou décédé en 2009. Aujourd’hui c’est Cissé Ali qui est à la tête de la communauté haoussa de Kaya. Les noms que portent les haoussas font référence à leurs villes d’origine, à leurs ethnies ou à leurs professions. C’est ainsi qu’on rencontre des Sokoto, des Zamfara, des Kano, des Baribari, des Wanzam. Certaines familles vont cependant abandonner ces noms au profit du patronyme Cissé.

Un apport culturel considérable

L’organisation traditionnelle moaga a influencé la vie quotidienne des haoussas. C’est ainsi que depuis 1985, c’est le chef du Sanmatenga qui intronise leurs chefs.

Si l’organisation politique traditionnelle des mossis s’est imposée aux haoussas de Kaya, il faut dire que sur le plan culturel, leur apport dans la région a été considérable. L’art de la grillade des célèbres brochettes, qui font la réputation de Kaya, a été introduit par les haoussas. Appelés Tchain Tchanga en haoussa, ces brochettes vont prendre la couleur locale sous l’appellation mossi sènsènga. Les galettes de tourteaux d’arachide koura koura en mooré, très appréciées dans toute la région sont d’origine haoussa qui les désignaient sous le nom de kouli kouli.

Les premiers haoussas de Kaya apportèrent des étoffes traditionnelles appelées « godé » en Haoussa, des bonnets, des boubous richement brodés pour les chefs. Des épices, des produits de beauté, des parures, des perles ont été amenés par les haoussas. On peut citer entre autres le kiro ou antimoine. Dans le domaine culinaire, on leur doit le foura ou boule d’akassa, le muoi guila ou gouda gouda et le mougoudougou. Sur le plan culturel, ils seraient à l’origine de la danse de Tarkaye pratiquée principalement par les Yarcé. Tarkaye viendrait de l’expression haoussa Takay signifiant avec la tête, donc une danse avec la tête.

Les Haoussa de Kaya revendiquent aussi la danse du Guélé qui s’est vite répandue pour devenir une danse populaire dans le Sanmatenga.  Excellents barbiers, les haoussas étaient aussi des spécialistes de la circoncision.

Aujourd’hui, le défi auquel fait face la communauté haoussa de Kaya est la préservation de sa langue. « A Kaya, on continue de parler haoussa mais nous avons des inquiétudes quant à l’avenir. Nous devons tout faire pour transmettre  notre langue et notre culture à nos enfants comme nos parents l’ont fait avec nous » s’inquiétait il y a quelques années Nouridine Cissé, aujourd’hui conseiller municipal du secteur 7 de Kaya.

Hamado Nana

Sources :

-« L’intégration des haoussas au tissu économique de Kaya : 1960-2021 », mémoire de maitrise de Sayouba Sawadogo,

-Journal Carrefour Africain N° 1181 de novembre 2010

Les célèbres brochettes au koura koura de Kaya ont été un apport culinaire des haoussas

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